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Lexique des figures de style

 

            Les figures de style sont des procédés du langage qui permettent d'exprimer de manière non littérale, c'est-à-dire détournée, un signifié, un sens et qui donnent une force de persuasion ou un pouvoir poétique de suggestion à un énoncé.

            Dans votre commentaire, comme à l'oral, vous aurez besoin de repérer les figures de style. Par contre, il ne s'agit pas de faire l'inventaire de vos connaissances ; vous devez les utiliser afin d'enrichir votre propos, de le renforcer.

 

            Voici les principales figures de style que vous devez connaître pour le bac. Il serait bon de retenir un exemple pour chaque définition (ex : « oxymore, réunion de deux termes contradictoires « obscure clarté » ») : car, si la définition peut être claire, le repérage dans un texte est souvent plus complexe, et, si vous ne vous rappelez plus du nom de la figure, au moins, vous connaissez son mécanisme et vous pouvez l'expliquer.

Vous trouverez à la fin la définition d'autres figures de style, que l'on ne vous demande pas de connaître pour le bac (elles sont surtout étudiées à l'université) mais qui peuvent vous intéresser.

 

I- Les Figures de diction

            • L'apocope et aphérèse

Apocope : Élision de la ou des dernière(s) syllabe(s) du mot.

Ex : le ciné ; « le pauv' diable ».

Aphérèse : effacement de la lettre ou de la/es syllabe/s qui début un mot.

Ex : les Ricains, « 'tention ».

 

            • Le mot-valise

Combinaison d'au moins deux termes partiellement homophones.

Ex : « Nullastreux » (≈> nul et désastreux) ; les « Proêmes » de Ponge (prose + poème).

 

            • Épenthèse

 Ajout d'un phonème à l'intérieur d'un mot

 Ex : « Merdre ! » du père Ubu.

 

            • L'allitération

Répétition d'une même consonne.

Ex : « La rue assourdissante autour de moi hurlait » Baudelaire. L'allitération en « s »=> renforce l'impression de bruit qui encercle le poète.

 

            • L'assonance

Répétition d'une même voyelle.

Ex : « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » Verlaine.

 

            • La paronomase

Mots se ressemblant par le son mais différant par le sens ; association de termes ayant des profils phonétiques proches.

Ex : « Qui se ressemble s'assemble » ; « Claustration, castration » Hugo.

 

 

II- Les Figures d'insistance

            • L'anaphore

Répétition en tête d'un groupe syntaxique, mot ou groupe de mots. L'anaphore imprime un élan rythmique à l'énoncé.

Ex : « L'amour s'en va comme cette eau courante / L'amour s'en va » anaphore Apollinaire ; les « Veux-tu » du poème de Hugo « Elle était déchaussée ».

 

            • Le parallélisme (ou hypozeuxe)

Reprise du même patron syntaxique, parallélisme appuyé de groupes syntaxiques le plus souvent juxtaposés. Le parallélisme met en évidence une similitude ou une opposition.

Ex : « Il n'avait pas de fange dans l'eau de son moulin / Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge » Hugo.

 

            • La gradation

On fait se succéder des termes d'intensité croissante ou décroissante. La gradation peut tendre à l'hyperbole.

Ex : « Je me meurs, je suis mort, je suis enterré » Molière.

 

Figures de construction affectant la forme de la phrase

            • L'aposiopèse 

Simple interruption dans le déroulement syntaxique, marqué par les points de suspension

« Il m'a pris le... » Molière.

 

            • L'anacoluthe

Rupture de construction syntaxique (quand les mots de la phrase ne sont pas disposés de manière canonique).

Ex : « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, la face du monde en eût été changée » ; « Exilé sur le sol au milieu des huées, / ses ailes de géant l'empêchent de marcher » Baudelaire.          

 

III- Les Figures d'amplification et d'atténuation

Ces figures permettent d'amplifier ou d'atténuer la force du propos.

            • L'hyperbole

L'hyperbole, c'est l'exagération => termes forts, exagérés. On l'utilise dans le langage familier (« je meurs de faim ») mais on la retrouve aussi dans le registre épique.

=> on en dit le plus possible pour suggérer plus, pour amplifier (+ pour +).

Ex : dans les romans de chevalerie, le héros va se battre et tuer des milliers d'hommes, tous gigantesques. Nez de Cyrano : « C'est un roc !... C'est un pic !... C'est un cap !... Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! ».

 

            • L'euphémisme

L'euphémisme cherche à atténuer le sens d'un mot en employant à sa place un autre mot ou une autre expression.

=> on dit moins pour suggérer moins (­ pour ­).

Ex : elle est partie (= elle est morte) ; les non-voyants (=aveugles) ; si votre professeur vous dit en rendant votre copie : « Ce n'est pas extrêmement bien » (= c'est très mauvais).

 

            • La litote

La litote en dit moins pour suggérer plus (- pour +).

Ex : « il commence à m'énerver » (= il m'énerve terriblement) ; si votre professeur vous rend votre devoir et dit « ce n'est pas mal » (= bravo, excellent) ou « c'est moyen » (= archi-nul).

 

NB : Il a été dit et redit que le fameux « Va je ne te hais point » de Chimène était une litote. Il a été démontré que cela n'en est pas une. Dans ce sens, cela ne veut pas dire « va je t'adore » mais : ~ « Va t'en franchement je ne te hais pas même si tu as tué mon père, mais s'il te plait, je n'ai pas envie de te voir pour l'instant ».

 

 

IV- Les Figures par opposition

            Ces figures rapprochent des termes opposés afin de mettre en évidence ce qu'il y a de contradictoire, de différence entre deux notions, situations, personnages. Elles soulignent les tensions ou mettent en cause la logique habituelle.

            • L'oxymore

C'est la réunion de deux termes contradictoires, soudés, dans la même phrase.

Ex très connu : « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » Corneille.

 

            • L'antithèse

Attention à ne pas la confondre avec l'antiphrase (=> ironie).

Expression d'une opposition conceptuelle forte dans un discours : l'antithèse oppose très fortement deux termes ou deux ensembles de termes.

L'antithèse => en fait, c'est un oxymore non soudé.

Ex : « Je vis, je meurs : je me brûle et me noie / J'ai chaud extrême en endurant froidure; / La vie m'est et trop molle et trop dure » Louise Labbé.

 

            • Le chiasme  

Reprise « en miroir » de forme A B B A.

 Ex : « Un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient » (Rimbaud) ; « La neige fait au nord ce qu'au sud fait le sable » (Victor Hugo) ; « Rester dans le paradis, et y devenir démon, rentrer dans l'enfer, et y devenir ange ! » (Victor Hugo).

 

            • Le paradoxe

Para : contre / doxa : opinion commune => contre l'opinion commune.

Le paradoxe énonce une idée contraire à l'opinion commune afin de surprendre et d'inviter à la réflexion.

Ex : « le pénible fardeau de n'avoir rien à faire » Boileau ; « Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau » Valéry.

 

            • L'antiphrase

Elle consiste à dire le contraire de ce qu'elle pense => ironie.

R : attention, il faut bien percevoir l'ironie car cela dépend du contexte.

Ex : « Qu'il est beau ! » => cela peut vouloir dire qu'en effet, nous sommes en présence d'un apollon. Mais dans le cas de l'antiphrase, cela veut dire : « Dieu qu'il est laid ».

Ex plus littéraire : « Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées » => attention, Voltaire ne fait ni l'éloge de l'armée, ni celle de la guerre.

 

 

IV- Les Figures par substitution

Elles permettent de représenter des réalités par des éléments symboliques.

            • La métonymie

Elle est fondée sur une relation d'inclusion ; elle remplace un mot par un autre mot, qui entretient avec le premier un rapport logique.

Elle désigne :

* un objet par sa matière => il met son cuir (= manteau de cuir).

* un contenu par son contenant => il boit un verre (= on ne boit pas un verre, on boit ce qu'il y a dedans).

* le lieu pour la fonction => il est candidat à l'Élysée (Élysée : maison du président de la République, donc = il est candidat à l'élection présidentielle).

 

            • La synecdoque

Elle consiste à remplacer un mot par un autre mot lié au premier par une relation d'inclusion : la partie pour le tout ou le tout pour la partie.

* la partie pour le tout => « ces voiles au loin » (ces navires à voile) ; « Laissez parler, Seigneur, des bouches si timides » Racine (bouches = personnes).

* le tout pour la partie => Auxerre a gagné une fois le championnat de France (l'équipe de l'A.J.Auxerre).

 

            • La périphrase

Péri : faire le tour (=> périphérique, périmètre...) ~ tourner autour du mot.

La périphrase consiste à remplacer le mot par une expression de sens équivalent. Suivant le contexte, elle a une fonction d'amplification, d'euphémisme, elle peut avoir une valeur poétique, polémique...

Ex : « La tribu prophétique aux prunelles ardentes / Hier s'est mise en route... » Baudelaire (= les Bohémiens) ; « le roi de son coeur » (son amant) ; « le roi des animaux » (le lion) ; « le fils de Pélée » (Achille).

 

V- Les Figures d'analogie

            Ces figures créent des images en rapprochant deux univers, deux objets, deux phénomènes, deux situations qui appartiennent à des domaines différents mais qui font penser l'un à l'autre parce que leur déroulement, leur aspect, présentent des similitudes.

            • La comparaison

Rapprochement, à partir d'un élément commun, de deux termes - le comparé () et le comparant (Ca) - grâce à un outil grammatical (comme, pareil à, tel que...).

Ex : « Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches / Comme des avirons traîner à côté d'eux » « Le Poète est semblable au prince des nuées » Baudelaire.

 

            • La métaphore

Généralement, on dit que c'est une comparaison sans outil comparatif. C'est juste mais quand même plus complexe que cela. La métaphore établit une assimilation entre deux termes : comparé et comparant sont rassemblés dans un même énoncé sans terme de comparaison. Cependant, il arrive que le comparé disparaisse.

Ex : « Un gros serpent de fumée noire ». Maupassant. Cette métaphore du serpent précise la forme de la fumée, cela permet de bien se la représenter et cela lui donne une connotation inquiétante.

Ex : « Tout âme est un sépulcre où gisent mille choses » Gautier.

 

Quand la métaphore est développée par plusieurs termes, on parle de métaphore filée.

 

            • L'allégorie

Elle rend concrète une idée abstraite, en lui ajoutant une dimension symbolique. Généralement, l'allégorie se repère facilement car elle comporte une majuscule.

« Où l'Espérance, comme une chauve-souris » Baudelaire. Espérance => notion abstraite personnifiée, dévalorise l'anéantissement.

 

            • La personnification

Elle confère des traits humains à des choses, des animaux, des idées.

Ex : « la cathédrale explique tout, a tout enfanté et conserve tout » Zola ; « Une grenouille vit un boeuf (...) Envieuse, s'étend et s'enfle » La Fontaine.

 

 

Pour aller plus loin :

 

Pour aller plus loin dans la connaissance des figures de style :

            • L'anadiplose

Reprise, en tête d'un groupe syntaxique, d'un mot ou d'un groupe de mot qui était situé à la fin dans le groupe précédent.

Ex : « à un bal, où j'espérais rencontrer une maîtresse. Une maîtresse ! C'était pour moi l'indépendance... » Balzac ; « Pour moi, c'est un malheur. Un malheur, tout le monde sait ce que c'est... » Camus.

 

            • L'antanaclase

Répétition d'un même terme pris dans deux sens différents.

Ex : « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas » (Pascal) => raisons et raison n'ont pas le même sens.

 

            • L'antépiphore

Répétition d'un vers ou d'un syntagme, en tête et à la fin d'un membre ou d'une strophe.

Ex : la strophe qui commence et clôt le poème « Chanson de la plus haute tour » de Rimbaud.

 

            • L'asyndète et la polysyndète

Asyndète : non-emploi d'un lien coordinatif attendu.

Ex : « Six heures sonnèrent. Binet entra » Madame Bovary ; « Cette triste femme contemplait les enfants, les bébés » => on attendrait « et les bébés ».

Polysyndète : multiplication des liens de coordination.

Ex : « Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune » Iphigénie => trop de « et ».

 

            • La concaténation

C'est une succession d'anadiploses.

 

            • La dérivation

Variations morpho-lexicales d'un radical commun :

Ex : « Ton bras invaincu mais non pas invincible » => invaincu/invincible ont le même radical.

Ex : « Une prière aux yeux et ne priant jamais » Rimbaud.

 

            • L'épanorthose

Autocorrection par l'adjonction d'un syntagme, le plus souvent « plutôt ».

Ex : « Le nez de Monsieur de Cambremer n'était pas laid, plutôt un peu trop beau, trop fort, trop fier de son importance ». Proust.

 

            • L'épiphore

Répétition en fin d'un groupe syntaxique un mot ou un groupe de mot (le contraire de l'anaphore).

Ex : « Tout n'est qu'ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté » qui clôt les strophes de L'Invitation au voyage => refrain.

Ex : « Mais il n'enseignait rien celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien ». Flaubert.

 

            • L'épitrochasme

Suite de termes brefs, dans une structure à éléments de même rang.

Ex : « ... vieux flacon/ Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé » Baudelaire.

 

            • La polyptote

Variante morphologique d'un terme unique. Pour les verbes, variations de modes, voix, temps... ; pour les nom, oppositions de déterminants, genre...

Ex : « On m'a vu ce que vous êtes ; / Vous serez ce que je suis » Corneille => êtes (présent)/ serez (futur).

Ex : « il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté » Char => une/la.

 

            • La réduplication (ou épizeuxe)

Elle « redouble, dans un même membre de phrase, quelques mots d'un élément plus marqué » (Fontanier).

Ex : « Il déclara que le chevreau serait tué, tué mais tué par sa main à elle ». « Le Rhin, le Rhin est ivre où se mirent les vignes ».

 

            • Le zeugma

Mise sur le même plan fonctionnel d'éléments disparates.

Ex : « Elle est pulpeuse, sensuelle, protestante ». => effet comique.

           

Pour aller plus loin dans l'analyse des métaphores :

            Nous reprenons ici les exemples de Georges Molinié, dans son Dictionnaire de rhétorique :

Étape 1 : Ce garçon est agile comme un singe => Cé, Ca et outil (= comparaison).

 

Étape 2 : Ce garçon est un singe agile => il n'y a plus d'outil comparatif (> métaphore). Le garçon (Cé), parce qu'il est agile (élément qui permet la comparaison), ressemble à un singe (Ca). Ca et Cé sont présent = métaphore in praesentia.

 

Étape 3 : Ce garçon est un vrai singe => il n'y a plus ni outil ni élément qui permet la comparaison. Il faut donc comprendre que ce garçon est un vrai singe car il est très agile et l'agilité est la caractéristique des singes.

 

Étape 4 : Un vrai singe agile parut alors à nos yeux => le comparé a ici disparu, par contre, l'élément qui permettait le lien est revenu (agile). Il faut donc comprendre qu'un garçon, agile comme un singe parut à nos yeux. Pas de Cé = métaphore in absentia.

 

Étape 5 : Les grands parents éblouis virent bondir un vrai singe => métaphore in absentia absolue : il n'y a plus que le comparant.

 

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