La poésie
I- La poésie
A- La poésie classique :
La poésie, jusqu’au XIXe siècle, doit obéir à des règles très strictes – règles de la versification comme l’alternance des rimes féminines et masculines, la primauté des formes fixes, l’interdiction du hiatus, règle de la liaison supposée…Les principales formes fixes :
• Ballade : c’est un poème à forme fixe qui se compose de trois strophes « carrées » (même nombre de vers que de syllabes par vers). Le dernier vers de chaque strophe constitue le refrain.
• Ode : poème lyrique dans lequel le poète exprime ses sentiments. L’ode est composée de plusieurs strophes, semblables par le nombre et la mesure des vers.
• Pantoum : poème à forme fixe => suite de quatrains à rimes croisées ; le 2e et le 4e vers de chaque strophe forment le 1er et le 5e de la strophe suivante. Le vers qui ouvre la pièce la pièce doit la terminer. Cf. « Harmonie du soir » de Baudelaire.• Sonnet : il est importé d’Italie vers 1538, principalement par Saint-Gelais et Marot, qui en a codifié les règles.
Sonnet régulier => 2 quatrains (à rimes embrassées) + 2 tercets.
Rimes du sonnet « français » : abba abba ccd ede ; rimes du sonnet « italien » : abba abba ccd eed (Cf. « Quand vous serez ben vieille » de Ronsard.
Au début, le sonnet était écrit en décasyllabes mais très vite l’alexandrin a été le plus utilisé.NB : Lorsque le poème que vous avez à étudier est une forme fixe (sonnet, ode…), vous devez vous assurer qu’il est bien régulier.
B- L’évolution de la poésie :
• Le poème en prose : le poème en prose a bouleversé l’histoire de la poésie – puisque la poésie était devenue « ce qui est en vers ». Poème qui abandonnant la forme du vers pour utiliser la prose, valorise la recherche du rythme de la phrase et des images.
Premier poème en vers : Gaspard de la nuit, d’Aloysius Bertrand, en 1842.
Le poème en prose est surtout développé par Baudelaire et ses Petits poèmes en prose et Rimbaud dans ses Illuminations.
Michaux, Char, Claudel, Ponge… systématisent l’usage du poème en prose.• Le poème en vers libres : à la fin du XIXe siècle, les poètes abandonnent la strophe et la rime => ils font se succéder des vers de longueurs différentes.
Le vers libre s’affirme au XXe siècle.
Cendrars et Apollinaire abandonnent l’usage de la ponctuation et le poème ne se reconnaît alors que par le retour à la ligne.
R : le vers libres reste toujours parfaitement identifiable comme vers, ou plutôt comme non-prose => la marque du vers reste le fait d’aller à la ligne.II- L’étude du poème :
Devant le poème, vous devez étudier plusieurs points :
A- La qualité de la rime :
La rime peut être
• Pauvre : les mots ont un seul son commun (rime fortement déconseillée à l’époque classique !).
« écumant / vent »• Suffisante : deux sons communs.
« cage / outrage »• Riche : trois sons communs.
« piliers / familiers »B- La disposition des rimes :
Les rimes peuvent être
• Plates du type AA BB
• Croisées du type AB AB
• Embrassées du type ABBA
C- L’alternance des rimes féminines et masculines :
=> Les règles classiques veulent que les poètes fassent alterner les rimes féminines et les rimes masculines.
• Rime féminine : terminaison qui comporte un e, suivi ou non de s ou nt – le dernier phonème est un e caduc.
Ex : « abolie / Mélancolie » Nerval.• Rime masculine : terminaison sans e – tout ce qui ne se termine pas par une rime féminine.
Ex : « inconsolé / constellé » Nerval.D- Les coupes, rejets…
• Coupes : pauses du vers, les coupes se situent après chaque syllabe accentuée.
• Césure : coupe principale fixe dans un vers.• Enjambement : la phrase ne s’arrête pas à la rime mais déborde jusqu’à la césure ou la fin du vers suivant => effet de continuité rythmique et parfois, d’amplification.
Ex : « Et je ne hais rien tant que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations » Molière.• Rejet : élément court de la phrase (un ou deux mots) rejeté au vers suivant => et donc mis en relief par cette rupture.
Ex : « Il est de forts parfums pour qui toute matière
Est poreuse. On dirait qu’ils pénètrent le verre ». Baudelaire.• Contre-rejet : élément court mis en valeur à la fin d’un vers et amorçant une nouvelle phrase (qui se développe au vers suivant).
Ex : « J'ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur ». Rimbaud.III- Le vocabulaire de la poésie :
A- Les vers les plus fréquents
R : on compte les vers en « syllabes » et pas en « pieds » dans la poésie française.• Alexandrin : c’est un vers de douze syllabes. Il est considéré comme le vers noble de la poésie, il est le plus répandu dans la poésie française.
Ex : « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir » Corneille.• Décasyllabe : vers du dix syllabes.
Ex : « J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur / N’est-ce point assez de tant de tristesse ? » Musset.• Octosyllabe : vers de huit syllabes.
Ex : « Voie lactée ô sœur lumineuse /Des blancs ruisseaux de Canaan / Et des corps blancs des amoureuses / Nageurs suivrons-nous d’ahan / Ton cours vers d’autres nébuleuses » Apollinaire.B- Les principales strophes
Distique : strophe de deux vers.
Tercet : strophe de trois vers.
Quatrain : strophe de quatre vers.
Quintil : strophe de cinq vers.
Sizain : strophe de six vers.
Dizain : strophe de dix vers.C- Vocabulaire utile
• Allitération : répétition d’une même consonne.
• Assonance : répétition d’une même voyelle.
Il ne faut pas se limiter à remarquer les assonances ou les allitérations, il faut vous appuyer dessus dans votre analyse.
• Calligramme : poème que l’auteur présente sous la forme d’un dessin dont les lignes sont les vers eux-mêmes (« poème-dessin »). Cf. Apollinaire.
• Épigramme : tout petit poème qui se termine par une pique, une attaque satirique.
• Épître : lettre en vers.
• Épopée : long poème narratif qui raconte les actions héroïques d’un homme ou d’un peuple, en y mêlant un part de merveilleux.
• Hiatus : rencontre de la voyelle sonore qui termine un mot avec la voyelle sonore qui commence le mot suivant. La doctrine classique interdisait le hiatus en poésie, car désagréable à l’oreille.
• Lai : au Moyen Age, court récit en vers de 8 syllabes à rimes plates, dont le sujet est d'ordinaire emprunté au cycle de La table Ronde.
• Liaison supposée (règle de ) : cette règle interdit de faire rimer un mot terminé par une consonne même muette avec un terme dont l’orthographe n’en comporte pas ; en revanche, il peut rimer avec un mot se terminant par une autre consonne muette qui fait sa liaison éventuelle par le même son. On ne fait donc pas rimer un pluriel avec un singulier, sauf si ce dernier de finit par s, z ou x. Il est interdit de faire rimer une terminaison masculine avec une terminaison féminine (héritage de l’époque où le e muet se prononçait).
Ex : flanc/sang sont acceptés (liaison en [K]) mais pas flanc et ronflant (liaison en K et T) ; bord/sort mais pas bord/remords…
• Allitération : répétition d’une même consonne.
• Assonance : répétition d’une même voyelle.
Il ne faut pas se limiter à remarquer les assonances ou les allitérations, il faut vous appuyer dessus dans votre analyse.
• Lyrisme : à l’origine, vient de lyre => ce qui était accompagné d’une lyre. On parle de lyrisme lors de l'expression d'une émotion personnelle intense (souvent, on retrouve le schéma : moi qui parle de moi à moi). La poésie lyrique traite des sentiments du poète (thèmes récurrents : l'amour, la mort, la communion avec la nature, le destin, etc.).
• Madrigal : genre introduit en France au XVIe siècle, très cultivé jusqu'au XVIIIe siècle. Compliment tendre et galant adressé, en quelques vers, à une dame, sans aucune loi de rime ni de rythme.
• Métrique : étude des éléments de mesure dont sont formés les vers.
• Prosodie : étude de la durée et du caractère mélodique des sons dans un poème.
• Rime : répétition d’un ou plusieurs sons à la fin de deux ou plusieurs vers.
• Rime intérieure : répétition de la rime finale au milieu du vers.
• Rondeau : petit poème à forme fixe, composé d’octosyllabes, organisés en trois strophes de cinq, trois puis cinq vers. Les deux dernières strophes sont suivies d’un refrain.
• Verset : vers libre qui tire son origine de la Bible, ce qui lui confère certaines propriétés incantatoires (incantation). Cf. Saint-John Perse.
• Vers libre : vers qui, bien qu’il conserve la présence d’alinéas d’une longueur inférieure à la phrase, n'obéit pas à une structure régulière : ni mètre, ni rimes, ni strophes.
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