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Le romantisme

Le mot romantisme n'est arrivé qu'assez tardivement dans la langue française.

            Le qualificatif « romantique » évoque ce qui est « comme un roman ». Au XVIIIe siècle, il désigne la perception de paysages qui suscitent des sensations intimes de l'ordre de la mélancolie.
            Le substantif « romantisme » n'entre dans l'usage courant qu'autour de 1820 ; il désigne alors un mouvement littéraire novateur, couvrant tous les genres et qui s'écarte délibérément du classicisme, mettant en avant la liberté des formes et l'expression du moi, perçu comme divisé et douloureux.
=> Même si l'adjectif « romantique » est apparu dès l'âge classique pour concurrencer l'adjectif « romanesque », il ne prend son sens moderne que progressivement, par opposition à l'adjectif « classique » (c'est ainsi que l'emploient d'abord Goethe, Schlegel, Stendhal, etc.). En France, c'est Rousseau, dans les Rêveries du promeneur solitaire, qui, l'un des premiers, lui donne son sens actuel en l'utilisant pour qualifier le caractère pittoresque et sauvage d'un paysage.

            Le romantisme est un courant littéraire, culturel et artistique européen dont les premières manifestations, en Allemagne et en Angleterre, datent de la fin du XVIIIe siècle. Il se manifeste en France au cours des premières décennies du XIXe siècle.
L'histoire littéraire a proposé pour la France, des dates butoirs (1800-1830 ; 1802-1843…) en fonction d'œuvres « inaugurales » : De la littérature de Mme de Staël (1800) ou Le Génie du Christianisme (1802), tout en rappelant qu'il y avait des précurseurs. On retiendra donc que le romantisme s'est développé dans la première moitié du XIXe siècle.

            Le romantisme français est particulièrement varié et vigoureux dans ses manifestations, puisqu'il s'incarne dans la peinture, la musique, l'histoire, la politique, la critique littéraire, le théâtre, la poésie, le roman, l'essai, les mémoires, etc.
            Contrairement à leurs voisins européens, les romantiques français produisent un retentissant manifeste d'école, la Préface de Cromwell (1827) de Victor Hugo, précédée de l'étude de Stendhal, Racine et Shakespeare (1823-1825), qui oppose le « romanticisme » au classicisme pour louer le premier (incarné par Shakespeare) au détriment du second (représenté par Racine).

Principaux auteurs qui appartiennent au mouvement romantique français : Stendhal, Lamartine, Vigny, Hugo, Musset, Gautier.

• Principales caractéristiques du romantisme :


Le romantisme revendique une sensibilité nouvelle reposant sur l'exaltation du sentiment, le goût pour le passé, le rêve et la nature.
=> Il s'oppose au goût et à la tradition classique mais aussi au rationalisme du siècle des Lumières.
            * La solitude du moi, inquiet et révolté, mélancolique et habité par la nostalgie du passé.
Le héros romantique ne peut jamais être heureux, il ne s'adapte jamais tout à fait dans la société. Il est mélancolique et souvent triste.

            * La nuit et ses mystères ouvrant sur le merveilleux ; le pittoresque et le fantastique du Moyen Âge ; le dialogue avec la nature ; les ruines, l'automne et la forêt sont des thèmes très présents dans l'écriture romantique.

Procédés d'écriture :
Mélange des registres comique et tragique.
Langage hyperbolique.
Multiplication des enjambements et du rythme ternaire en poésie.   

• Œuvres considérées comme appartenant au préromantisme, 1780-1820 :


            * Rousseau : Julie ou la Nouvelle Héloïse (1761) et les Rêveries du promeneur solitaire (1778, édition posthume en 1782).
            * Mme de Staël : Delphine (1802) et Corinne ou l'Italie (1807).
            * Chateaubriand : Atala (1801) et René (1802-1805).
=> chez ces précurseurs du romantisme, on retrouve le lyrisme mélancolique, le sentiment d'une identité entre l'être intérieur et l'être de la nature, les élans successifs d'exaltation et de désespoir, le dégoût de la vie (que dépeint le René de Chateaubriand et qui définit l'âme romantique).
            Dans René de Chateaubriand (puis après, dans les Mémoires d'outre-tombe), on retrouve déjà une peinture de ce « mal de vivre » ou de ce « mal du siècle » qui va devenir le thème privilégié de la poésie romantique, celle de Vigny ou de Musset.

Poésie et le mal du siècle


            Ce sont les Méditations poétiques (1820) de Lamartine qui constituent traditionnellement l'acte de naissance du lyrisme romantique en France.
La poésie romantique française, dès l'origine, est marquée par l'émotion.
=> met en avant l'expression, à la première personne, des sentiments et des états d'âme du poète. Celui-ci, fasciné par la complexité de son être intérieur, écrit moins pour un lecteur que pour y trouver « un soulagement de [son] propre cœur » (Lamartine).

R : Ce lyrisme, qui confine parfois à la sensiblerie, sera d'ailleurs condamné par les générations suivantes, notamment par les auteurs symbolistes. Cependant, il ne faut pas oublier que cette poésie est aussi révolutionnaire et engagée — notamment celle de Hugo avec les Châtiments (1853) et de Lamartine avec son Recueillement poétique (1839).

• Le drame romantique


            La génération romantique (Hugo, Musset, Vigny, Gautier, Nerval, Sainte-Beuve) participe à un mémorable scandale, survenu lors de la représentation du drame Hernani (1830) de Victor Hugo.
=> Bataille d'Hernani.
            Le drame hugolien remet en cause les règles classiques, celles du « grand siècle », notamment la règle fondamentale des trois unités. Le jeune Victor Hugo refuse les règles, les carcans du classicisme et prend pour modèle les pièces de Shakespeare. Hugo : il faut mêler « le sublime et le grotesque. Volonté de saisir l'évolution d'un personnage dans le temps, et non plus nécessairement analyser un caractère au moment d'une crise, comme le faisaient les classiques. => La dramaturgie romantique multiplie les personnages et les lieux, mêle le vers et la prose, le style haut et le style bas, le sublime et le grotesque, le beau et l'horrible (Préface de Cromwell).

            * Victor Hugo : Cromwell (1827), Marion Delorme (1829), Hernani (1830), Lucrèce Borgia (1833) et Ruy Blas (1838).
            * Musset : La Nuit vénitienne (1830), les Caprices de Marianne (1833), Fantasio (1834), Lorenzaccio (1834) et On ne badine pas avec l'amour (1834).
R : Les pièces de Hugo ont un peu vieilli ; Lorenzaccio est le drame romantique qui continue à avoir le plus de succès.

∆) Après un foisonnement d'œuvres entre 1830 et 1840, l'échec du drame de Victor Hugo, Les Burgraves (1843), marque en France la fin de la période romantique.
Cependant, même s'il est « officiellement mort » aux alentours de 1850, le romantisme a survécu par l'influence qu'il exerce sur les choix thématiques et sur la sensibilité des auteurs modernes : toute la production littéraire d'écrivains qui se rattachent au romantisme (Nerval, Gautier, Baudelaire).

 

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