BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée (1784) Acte V, 3 de « FIGARO, seul, se promenant dans l'obscurité...» à « ...on se venge en le maltraitant.»
Publié le 08/03/2022
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BEAUMARCHAIS, Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée (1784)
Acte V, 3 de « FIGARO, seul, se promenant dans l'obscurité...» à « ...on se venge en le maltraitant.»
« Le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu'il touche ».
C'est en ces termes que
Beaumarchais, héritier de Voltaire et pamphlétaire de génie, définit la comédie à laquelle il octroie une
place dans le combat philosophique.
Cette dernière, pourtant animée d'une franche gaieté, devient une
tribune d'où l'auteur fustige les abus d'ordre social et politique de cette France au bord de l'implosion.
Beaumarchais rédige, autour du personnage de Figaro, double théâtral de son auteur, une trilogie
espagnole composée de Le Barbier de Séville, publié en 1775, Le Mariage de Figaro achevé en 1778 mais
joué pour la première fois en 1784, et La Mère coupable rédigé en 1792.
Le Mariage de Figaro ou La Folle Journée, dont l'action a lieu au château d'Aguas-frescas près de Séville,
met en scène, au matin de leurs noces, Figaro et Suzanne, respectivement valet de chambre du comte
Almaviva et première camériste de la comtesse.
Mais le comte a des vues sur la future mariée et voudrait
rétablir le droit de cuissage compromettant ainsi leur union.
Avec la complicité de Suzanne, la comtesse se joue de son infidèle époux : c'est elle qui se rend à un
rendez-vous fixé par le comte, après avoir échangé ses vêtements avec ceux de sa camériste.
Mais Figaro
ignore cette conspiration féminine, il se croit trahi par Suzanne, laisse éclater son ressentiment et doute
de lui-même dans un monologue demeuré célèbre
Celui-ci, sans doute le plus long du théâtre classique, situé à la scène 3 de l'acte V, laisse deviner derrière
l'abattement de Figaro l'esprit caustique de Beaumarchais.
Il serait alors opportun comment, à travers ce monologue, Beaumarchais fait de Figaro un valet hors du
commun ?
I.
La colère d'un homme qui se croit trahi (de « Figaro seul se promenant dans l'obscurité...
» à « ...
au
milieu même de la cérémonie...
»), lignes 1 à 4
La didascalie : « seul » : annonce du monologue.
La référence à « l'obscurité »: donne un cadre temporel
à l'action, la folle journée touche à sa fin et favorise l'expression de pensées intimes.
L'obscurité est en
accord avec l'état d'âme tourmenté du valet « ton le plus sombre »
« O femme ! Femme ! Femme ! » (l.
1).
Le monologue s'ouvre sur trois exclamations qui apostrophent
anaphoriquement, au singulier, toute la gent féminine .
L'interjection « ô » qui introduit l'invocation
emphatique semble ici le marqueur d’une forme de détresse éprouvée par le valet.
Le ton est amer.
« créature faible et décevante !» : la femme apparaît donc comme le premier objet de déception et de
colère.
La généralisation se poursuit à travers le choix du terme totalisant de « créature » (être crée par
Dieu) auquel le valet adjoint deux adjectifs dévalorisants « faible » et « décevant » qui, en creux,
opposent les femmes aux hommes.
Le premier « faible » cible leur manque de force, leur côté
influençable, leur penchant au péché, le second « décevante » leur aptitude à déchoir, à trahir, à
tromper au vu du sens étymologique du verbe « décevoir » (decipere).
La généralisation des points
d'exclamation, le recours aux points de suspension montrent l'agitation à laquelle est en proie Figaro.
« nul animal créé ne peut manquer à son instinct » : on remarque un glissement du terme de « créature
» au groupe nominal d' « animal créé», qui témoigne du fait que la colère de Figaro prend la forme d'un
certain mépris.
Les femmes seraient donc privées de leur libre-arbitre et ne seraient dirigées que par leur
seul instinct.
« le tien est-il donc de tromper ? »: l'agitation de Figaro se confirme à travers cette question rhétorique
qu'il s'adresse à lui -même.
La déception du valet est telle qu'il en vient à envisager l'infidélité comme
inhérente à la femme même.
Figaro est déçu et désenchanté.
« Après m'avoir obstinément refusé quand je l'en pressais devant sa maîtresse ; à l'instant qu'elle me
donne sa parole au milieu même de la cérémonie » : cette phrase amorce un passage du général au
particulier par le biais du pronom cod « l » et du pronom sujet « elle » qui tous deux, désignent Suzanne,
que Figaro, ivre de colère et de déception, ne peut expressément nommer.
Ce dernier fait ici référence à
des faits antérieurs évoqués dans des subordonnées de temps (« après m'avoir...
», « quand je l'en
pressais...
», « « à l'instant qu'elle ...
»).
En effet, Suzanne a refusé de donner rendez-vous au comte
pour le piéger et d'envoyer à sa place Chérubin travesti en demoiselle et a promis à son époux de
n'accorder aucune entrevue à son puissant maître.
L'incohérence relative du résumé, Le caractère
inachevé des phrases prononcées, leur incomplétude puisqu'elles sont privées de leur principale, rendent
bien compte du désarroi et de l'émotion de Figaro en proie à une féroce jalousie.
On notera également le
passage au présent de narration « à l'instant qu'elle me donne sa parole » qui évoque bien, lui aussi, le
trouble du valet qui se croit éconduit..
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